Les Pros Isérois ! 
 Des nouvelles de Jean-Christophe CANO

Les Pros Isérois !
Jean Christophe Cano

A la rencontre de l’homme de confiance d’André-Pierre Gignac, son agent, Jean-Christophe Cano. Pour les amateurs de foot qui ont dépassé les 40 ans, ce n’est pas un inconnu à Marseille. Jean-Christophe a joué à Grenoble puis à l’OM dans les années 90, dans une carrière brisée par une grave blessure alors qu’il n’a que 24 ans et il a endossé le rôle de directeur sportif du club phocéen, en 1999-2000, en tant qu’homme de confiance de Robert Louis-Dreyfus. Aujourd’hui, il vit toujours ici, et peut se targuer d’avoir réussi sa reconversion comme agent de joueurs, une trentaine, avec des éléments comme André Pierre Gignac, Belhanda ou Ntep. A l’occasion d‘une longue rencontre, il n’a éludé aucune question concernant la nouvelle idole du foot français. Je vous livre cette interview, un peu longue certes mais passionnante et à … lire jusqu’au bout, car on évoque le futur d’APG.

"Je suis fier d’André Pierre"

«Vous êtes aujourd’hui l’agent heureux d’un André Pierre Gignac, buteur avec son club, et décisif avec l’Equipe de France, on le redécouvre complètement ?
Je suis surtout heureux pour André-Pierre car ce qui lui arrive, c’est le fruit d’un travail de longue haleine. On a tendance à oublier qu’il sort de deux belles saisons où il fait beaucoup d’efforts pour revenir à son meilleur niveau. Il a vécu deux premières années à Marseille très difficiles, parce que il n’a pas été exemplaire à de nombreux égards et il a subi de nombreuses blessures. Alors oui, aujourd’hui je suis content pour lui et même fier de lui.

Aujourd’hui, il fait tout ce qu’il faut pour réussir?
La force d’André Pierre, c’est qu’il aime son métier, et on oublie qu’il possède les atouts nécessaires à la pratique du football de haut niveau à savoir, le sens du sacrifice et le goût de l’effort. Il a justement cette force, de savoir se remettre en question quand il faut. ll a su le faire tout au long de sa longue carrière. Venir à l’OM, c’était un palier important à franchir pour lui ; cela lui a pris un peu de temps mais aujourd’hui, il est dans un rythme qu’il va pouvoir soutenir.

Il a mis du temps à prendre la mesure de l’OM ?
Il y a deux facteurs qui ont été importants. Un : il était blessé en arrivant, et il s’est re-blessé rapidement car il a voulu reprendre trop vite. Et de deux, quand il est arrivé, il était dévoré par la passion. Signer dans ce club, c’était quelque chose d’important pour lui. Il a grandi avec ce rêve de jouer un jour à l’Olympique de Marseille, et quand il est arrivé, il n’a pas su gérer tout ça. Je l’avais pourtant prévenu mais il a été pris au piège d’un garçon, qui découvrait un univers qui le dépassait complètement. L’OM, c’est une montagne à franchir, et c’est une ville qui aspire. Elle tend des nombreux pièges dans lesquels il est tombé évidemment. Il n’a pas toujours été exemplaire à ce moment-là même si l’on peut considérer que les blessures étaient autant de circonstances atténuantes. Mais je n’ai pas été content car il était prévenu. Il a fallu un peu de temps pour qu’il prenne la mesure de cette ville et de ce club mais je pense qu’on y est parvenu aujourd’hui.

« Il est rentré dans sa bulle »
Comment a t-il fait pour revenir ? Avez-vous pris des mesures radicales ?

Je passe beaucoup de temps avec André Pierre car j’ai la chance de l’avoir à côté de moi. On a beaucoup discuté et il a pris au fur et à mesure conscience qu’il était temps pour lui de rentrer dans sa bulle. Et d’y rester. Tous les jours, je lui répète qu’il est indispensable qu’il reste dans sa bulle. Par rapport à l’environnement, la concentration et l’exigence qu’il doit avoir dans son métier et qu’il doit appliquer tous les jours. Je suis dur et exigeant avec lui. Je ne le lâche jamais. Mais c’est quelqu’un qui est très à l’écoute.

Vous avez quel type de relation avec lui ?
Une relation basée sur la confiance comme avec tous mes joueurs. Je le connais depuis qu’il a18 ans. On a au fil du temps, construit une relation de confiance. Et parce qu’il a confiance en moi, je suis capable d’imposer des choses à André Pierre. Je suis très vigilant. J’ai toujours un œil sur lui. On discute beaucoup, pas toujours sur des sujets graves mais quand c’est nécessaire, je le fais sans concessions. Quand je vais avoir une vraie discussion, c’est sur le niveau d’exigence. Je lui ai dit que, s’il n’est pas exigeant envers lui même et si son métier n’est pas la chose la plus importante pour lui, alors il pourra nourrir des regrets par la suite. Il l’a très bien compris. Ce qui me fait plaisir c’est qu’à 28 ans, on n’a moins besoin de parler. Il connaît aujourd’hui sa partition, il sait ce qu’il doit réaliser et il le fait très bien. Je me réjouis tous les jours d’avoir cette relation avec lui, je donne beaucoup pour lui mais il me le rend tellement, c’est pour beaucoup dans l’intérêt de ce métier que je vis au quotidien.

« Sa caractéristique ? La générosité »
Que lui a apporté Bielsa selon vous ?
On parlait tout à l’heure d’exigence, de bulle, ce que Bielsa a apporté à André Pierre, c’est ce niveau d’exigence supplémentaire dont avait besoin André-Pierre. Les habitudes ont changé, on en demande un peu plus. Je savais qu’en lui en demandant un peu plus, ca allait servir sa cause. Et au même titre, Bielsa peut se réjouir d’avoir un gars comme André-Pierre dans ce groupe, car il avait besoin de relais. Et la caractéristique d’André Pierre, c’est la générosité. Ils sont complices en quelque sorte ?
Je crois. Ce qui caractérise les deux hommes, même si je connais plus Dédé que Bielsa, c’est que tous les deux ont en commun une pudeur. Ils n’ont pas besoin de se dire les choses. Au travers d’un attitude, un comportement, ils savent qu’ils peuvent se faire confiance.

Vous envisagez une saison exceptionnelle pour lui?
Moi, je ne relâche jamais, je sais que tout est fragile. Même si aujourd’hui je suis extrêmement content du début de saison d’André-Pierre qui coïncide avec un bon début de saison de l’OM, je sais qu’il faut reste prudent, attentif, il va y avoir encore des moments charnières. Tous les jours, je rappelle à Dédé qu’il est important de rester les pieds sur terre. C’est ma façon à moi de contribuer à ce que qu’André-Pierre continue à travailler. De pas se laisser flatter et déstabiliser par tout ce qui lui arrive. Il est solide, on ne l’a sans doute pas assez réalisé mais il a beaucoup souffert à l’OM et après une coupe du monde qui a été catastrophique, il n’a même pas eu le temps de s’en remettre. Il est retombé dans un contexte difficile, il a beaucoup souffert, je le sais parce que je l’ai vécu avec lui. Aujourd’hui, il s’est construit avec cette souffrance et cette difficulté.

On lui parle toujours de son poids. Cela vous agace ?
A un moment donné, on ne l’a pas trouvé assez affûté. Si aujourd’hui, il a perdu un peu de poids comme l’entraîneur lui a demandé (et c’est ce qu’avaient fait d’autres entraîneurs avant lui), c’est qu’alors les gens avaient raison d’émettre un doute sur sa capacité d’être exigeant avec lui même. Il avait besoin de franchir ce palier après deux années difficiles. Ses deux premières années à l’OM, on les traine encore comme un boulet. Mais les gens n’ont pas encore fait complètement la mise à jour. Car ils sort tout de même de deux superbes saisons où il a mis 22 et 26 buts, toutes compétitions confondues. Ca fait un petit moment qu’André-Pierre s’est remis dans le bon sens. Et je continue de lui dire que s’il veut jouer un grand rôle cette saison et être déterminant, pour la suite du championnat, il devra continuer à être exigeant avec lui même.

« Une situation totalement ouverte. On est sorti de la mêlée. »
Quand on pense agent, on pense tout de suite mercato ? Comment ça se passe avec Vincent Labrune ?
J’ai une bonne relation avec Vincent Labrune, cela n’a pas été simple pour lui, car André Pierre qui est arrivé avec Dassier, a été un sujet épineux assez vite. André-Pierre, c’est l’un des plus gros salaires du club, il a eu deux années catastrophiques et je suis conscient que Vincent a gardé un doute après ces deux premières années, qu’il a toujours peut-être d’ailleurs. A ce moment-là, il lui reste trois ans de contrat, et même si la troisième saison est plutôt bonne car André Pierre est en grande partie l’artisan de la qualification en Ligue des Champions, ce n’est pas simple de faire confiance quand on a été traumatisé et qu’on a eu un vrai doute, de pouvoir se projeter davantage avec ce joueur. C’était le cas de Vincent Labrune. A ce moment là, faut-il le vendre? il faut l’accord du joueur, et Dédé veut jouer la Ligue des Champions. Faut-il le prolonger? Quand on a un doute, ce n’est pas facile. Et c’est comme cela qu’on se retrouve dans une fin de contrat en juin, ce n’est pas quelque chose qu’on a voulu, ni Vincent, ni moi. On ne s’est jamais menti. On peut ne pas être d’accord sur tout, mais on se dit les choses, on n’essaie pas de se voiler la face. Et je n’ai jamais eu le sentiment qu’à un moment donné, il ait voulu nuire à André Pierre Gignac.

Alors aujourd’hui, où en est-on ? Est-ce qu’André Pierre Gignac va partir ?
Les négociations n’ont pas démarré. Pourquoi ? c’est compliqué car toujours dans le même raisonnement, à savoir qu’André-Pierre réalise un très bon début de saison. Il ouvre de nouvelles perspectives, mais je ne sais pas quelle en sera l’issue. On est dans une situation totalement ouverte. Ce qui est certain, c’est qu’aujourd’hui un club français ne peut pas assumer le niveau de salaire d’André Pierre, et qu’il arrive en fin de contrat, c’est un vrai sujet pour la deuxième moitié de saison. Il n’est pas prévu qu’André Pierre s’en aille au mois de décembre.

L’OM pourrait lui demander de baisser son salaire. Est-ce envisageable ?
Il ne faut pas être dupe, ni naïf. Je pense qu’il a un beau contrat à l’OM, et s’il continue ce qu’il est en train de faire, raisonnablement, je pense qu’il y aura plus de surenchère que de salaires à la baisse. Ce qui est certain, c’est qu’on écoutera l’OM Vincent Labrune car c’est très important pour Dédé.

Vous avez comme désir de partir en Espagne, Angleterre, ou des contrées plus lointaines ?
Oh aujourd’hui il y a des marchés qui se déplacent et des possibilités d’être courtisés par des clubs ayant de gros moyens. Le marché anglais est porteur, le marché espagnol, on connaît les clubs qui sont capables de mettre de l’argent sur les joueurs. C’est pareil pour l’Italie et l’Allemagne et s’il réalise une très belle saison jusqu’au bout, Des clubs vont s’intéresser à lui, dans le top 10 européen. Il va avoir 29 ans, c’est un joueur en pleine maturité.

Vous prenez des contacts ?
André-Pierre à ce niveau international, est complètement identifié. Les clubs savent qui il est, quelle est sa situation, il est positionné. Les choses si elles doivent se faire, se feront dans la plus grande simplicité. On est sorti de la mêlée.

On a peur de se faire piquer un joueur comme André Pierre ?
En règle générale, je n’ai pas peur de me faire piquer un joueur car ce n’est pas comme ça que je conçois la relation avec lui et avec mes joueurs. Bien sûr, on ne peut jurer de rien mais j’ai avec lui une relation qui dépasse le simple cadre du football et c’est une question que je ne me pose même pas pour ma femme, alors je ne vais pas me la poser pour André Pierre.

(Source : aubalconduvelodrome.blogs.lequipe.fr)