Manu Ribeiro, l'entraîneur de l'US Murette (crédit photo : US Murette officiel)

Après deux montées successives depuis son retour à La Murette, Manu Ribeiro est encore en train de faire des miracles comme il en a le secret.
Que ce soit en coupe de France où le parcours de ses joueurs a été remarqué, ou en championnat.
Voilà son équipe bien partie pour batailler pour la montée en R3.
Et pourtant, à 56 ans l’ancien coach de Rives et Seyssins ne peut cacher son amertume sur l’évolution en général du football aujourd’hui …

Manu, après 10 journées ton équipe est leader de D1. Comment juges-tu ce début de championnat ?
Manu Ribeiro : « Sur le plan comptable c’est très bien évidemment même si je pense qu’on aurait pu faire encore mieux. Je regrette le manque d’investissement des joueurs. On est encore trop irréguliers sur la forme et la motivation qu’on peut mettre d’un match par rapport à l’autre.
Il y a toujours quelque chose d’un dimanche à l’autre, toujours un problème qui survient au-delà des blessures qui font partie de la vie de tous les coachs.
J’ai des gros soucis d’effectif aussi parce que j’ai des joueurs qui travaillent en factions et qui ne peuvent malgré leur bonne volonté être présents tout le temps.
Mais pour les autres il n’y a pas d’excuse, ce n’est pas normal ce que je vis encore cette année. »

« On a des enfants qui ont tout et qui ne veulent plus rien. »

On te sent remonté et en colère …
Manu Ribeiro : « Franchement je me pose des questions sur notre classement même si sur le plan individuel on a des joueurs de très grande qualité, c’est vrai. Depuis le début de saison je n’ai pas pu faire plus de 2 ou 3 séances correctes. Il manque trop de joueurs à l’entraînement. Si je ne peux pas mettre en œuvre des séances que j’ai préparé minutieusement à l’avance, à quoi je sers ? C’est compliqué … Pour les matchs on est obligé de jongler et de s’adapter tactiquement tous les week-ends. Je joue la gagne personnellement à chaque rencontre. Il y a aussi une réserve qui doit être compétitive. J’aimerais qu’elle joue la montée, c’est important pour le club de maintenir cette dynamique.
D’une manière générale au-delà de ce que je peux vivre dans mon club, je constate que le football a changé. Et pas en bien. On a parfois l’impression d’avoir des agneaux. Les joueurs connaissent tout, ont tout vécu. En Seniors on ne peut plus rien leur dire, même quand on fait un changement tactique ce n’est pas toujours accepté et compris. Alors qu’il y a un intérêt collectif qui doit aller au-delà des intérêts individuels. A quoi sert un coach sinon ?
Si on continue comme ça, dans 15 ans les clubs de campagne vont disparaître. Il faudra 10 villages pour être en mesure d’avoir 11 joueurs à aligner sur une feuille de match les dimanches.
Aujourd’hui le football amateur pour les petits et moyens clubs comme les nôtres, cela va devenir de plus en plus difficile. Il y a un constat qui ne trompe pas : on est à peine début Décembre et on commence à voir des équipes déclarer forfait ou venir à 11 ou 12 le dimanche. Des joueurs ont déjà baissé les bras et préfèrent arrêter plutôt que travailler et se remettre en question. C’est le reflet de notre société, on prend ce qu’il y a à prendre, on consomme et on s’en va.
Il y a 15 ans quand j’étais entraîneur à Rives, les joueurs se mettaient des cartons à l’entraînement et jouaient la concurrence à fond pour être sur la feuille de match le week-end : on était obligé de les calmer.
Aujourd’hui au moindre contact, ça s’arrête, ça veut rentrer chez soi. On a des enfants qui ont tout et qui ne veulent plus rien.
Oui je suis en colère car j’aime mes joueurs. C’est pour cela que j’ai envie de les bouger, de les bousculer pour les motiver, leur transmettre ma passion et cet esprit de gagne qui m’a toujours animé. »

Comment tu vois la suite ?
Manu Ribeiro : « Quoiqu’il arrive j’arrêterai en fin de saison avec les Seniors 1 de La Murette, j’ai pris ma décision.
Je viens de réaliser 2 montées de suite et j’aimerais bien offrir au club une 3ème montée successive d’autant plus qu’en tant que coach je n’ai jamais réalisé cette performance. Ce serait un beau cadeau.
Je vais tout faire pour monter et si je monte encore cette année ça sera un miracle je ne me voile pas la face.
C’est dommage car les infrastructures sont là, on a des dirigeants de qualité, j’ai l’impression qu’on passe à côté de quelque chose …
Si on ne monte pas en fin d’année beaucoup ne seront pas déçus alors que chaque joueur doit être un compétiteur et doit la vouloir, cette montée.
Mon avenir ? Je me pose franchement des questions comme beaucoup de mes collègues qui entraînent aujourd’hui en Seniors et d’autres qui ont déjà franchi le pas : repartir plus bas entraîner des catégories de jeunes.
On verra, j’ai le temps de réfléchir d’ici là … »