Après avoir entraîné et joué dans le Nord Isère au CVL38, Nicolas Decaup entraîne en Australie

De passage dans la région lyonnaise où il va notamment animer une séance d’entraînement ce vendredi 11/01/2019 avec Fayçal Miled son ancien coach au CVL38, nous avons pris des nouvelles de Nicolas Decaup qui depuis 2016 a choisi de tenter l’aventure en Australie …

Nicolas, tout d’abord présente-toi …
Nicolas Decaup : « J’ai 31 ans. J’ai commencé à jouer à Valencin, Saint-Just-Chaleyssin puis CVL38 (fusion des 2 clubs avec Luzinay). J’ai été président, joueur et capitaine des Seniors 1 du club. Après avoir repris mes études j’ai obtenu un master en management du sport via une formation en ligne dispensée par la Johan Cruyff Institut (https://johancruyffinstitute.com/en/).
J’ai coaché les féminines au FC Lyon pendant 6 mois avant de décider de tenter l’aventure en Australie. Avec l’idée de travailler dans le football même si je ne suis pas parti directement pour cela. J’ai cherché pendant 2-3 mois du travail dans le secteur du football et j’ai finalement été enrôlé par Ash Burton United (https://www.ashburtonsoccer.com.au/). »

Quel va être ton rôle au sein du club ?
Nicolas Decaup : « Depuis 2016 je suis responsable technique des catégories de jeunes de 3 à 11 ans. Mais avec un rôle élargi: relation avec les parents, inculquer des valeurs « morales » et avoir un vrai rôle éducatif. Je suis en « contrat bénévole » payé. Il n’y a pas d’équivalent en France, ça n’existe pas. C’est mon activité principale en Australie, je vis de cela aujourd’hui. »

Comment ça se passe là-bas, le foot ?
Nicolas Decaup : « On joue au foot d’Avril à fin Août. On ne joue que l’hiver en Australie. On a 5 mois pour jouer au foot, les 5 autres mois on joue au futsal. Les enfants font donc les deux.
Toutes nos séances sont orientées technique : c’est à dire la réalisation des gestes de footballeur. Contrôles, passes etc … Tout passe par le jeu même si on fait très peu d’analytique. L’intervention du coach va être plutôt axée sur la technique et l’exécution. Plus ils grandissent, plus on parle de prise de décisions etc… mais ça se fait par étapes.
Quand on coach là-bas, c’est vraiment différent par rapport à ce qu’on connaît en France. Il m’a fallu un an pour m’adapter, la philosophie est complètement différente.
Au niveau infrastructure il n’y a pas de terrain dédié et défini pour le football car partagé avec le cricket ou le foot australien. On est obligé de construire nos cages à la volée, à chaque séance ou match. C’est assez folklorique mais on s’adapte. Malgré tout la qualité des pelouses est remarquable. »

Comment tu juges le niveau du football australien ?
Nicolas Decaup : « Au niveau international c’est compliqué sauf chez les filles et même si les garçons ont fait la dernière coupe du Monde. Il y a des carences car on a sauté une génération chez les jeunes à mon avis. Il manque la culture foot. On ne peut pas voir des matchs européens car ils passent à 4h ou 5h du matin ça n’aide pas.
Dans les mentalités le foot n’est pas le numéro 1. A Melbourne c’est le foot Australien qui focalise les attentions.
Même si à Ash Burton nous avons au global 900 licenciés. Notre équipe seniors fanion joue en 5ème division.
Il y a une ligue fermée qui s’appelle la Nationale Premier League et l’Australien League qui sont des championnats avec des franchises comme pour le foot US ou la NBA par exemple.
Plus les joueurs sont bons, plus ils s’orientent vers les ligues pro. Mais il y a une différence de prix car le foot est très très cher en Australie. Un jeune de 13 ans va payer 500 € pour joueur dans un petit club. Ensuite les joueurs doivent aussi payer le coach ce qui fait que le coût arrive à 600 ou 700 €.
Pour jouer dans les clubs qui évoluent dans les clubs pros des Ligues, les jeunes doivent payer environ 1500 € à l’année.
Les Australiens vivent bien donc ce n’est pas forcément un problème mais le football qui est appelé le soccer est le sport le plus cher chez les jeunes. On n’est pas autant aidé que les autres sports par la Fédération. »

A titre personnel que retiens-tu de cette expérience ?
Nicolas Decaup : « J’ai passé des diplômes en Australie et obtenu la licence C. Je vais passer la B bientôt. Le niveau des formations est très très bon et beaucoup plus difficile qu’en France. Ils partent du principe qu’ils ne savent rien et qu’ils ont tout à apprendre. Cela fait 10 ans qu’ils travaillent le coaching au niveau tactique donc on commence à être bien avancé. C’est super intéressant. En terme de ressenti je me sens vraiment bien là-bas. C’est un pays très agréable à vivre où les gens sont très accueillants. Je me suis bien intégré. En tant que français on sent qu’on est assez reconnu sur le football alors que je n’ai qu’une expérience modeste en France.
Je me sens utile dans un pays qui se développe beaucoup en terme de football. Il y a la culture de la gagne. On travaille que sur le ballon plutôt que le physique seul même si ça va avec.
Au niveau anglais j’ai bien progressé même si je me débrouillais bien. Je suis quasi bilingue désormais.
J’ai un visa de travail jusqu’en Mars 2020. Avec ce visa je ne peux pas travailler plus et je serai obligé de rentrer. J’ai très envie de repartir dans un pays anglophone. Pourquoi pas le Canada ? »

Tu as des conseils à ceux ou celles qui aimeraient faire la même chose ?
Nicolas Decaup : « Il faut déjà bien savoir parler anglais. Commencer à prendre contact avec des personnes en Australie. Je suis allé sur Linkedin au culot et j’ai contacté des gens en direct. Après il faut y aller, aller voir les clubs. Montrer ce qu’on sait faire. Faire un ou deux essais. Il y a une grande demande. Même si on n’a pas de diplôme, si on a de l’expérience on sera toujours récompensé de nos efforts. Je recrute beaucoup de jeunes qui n’ont pas forcément d’expérience mais si tu es une « bonne » personne motivée, tout le coaching s’apprend. »