Fredy Boisrenoult en forme (crédit photo : droits réservés Décembre 2021)

Après s’être bien remis de ses soucis de santé il y a déjà plusieurs mois, Fredy Boisrenoult est en pleine forme.
L’ancien président de l’US Abbaye qui a été longtemps dirigeant à l’Olympique Grenoble Isère (OGI) a toujours le verbe vif et l’œil critique.
Loin des terrains désormais et un brin désabusé par la tournure qu’a pris le football en général, il a néanmoins conservé son amour pour le club phare isérois comme il le témoigne dans cette interview.

Fredy tu as longtemps œuvré à l’OGI dans les années 90 ou à l’Abbaye dans les années 2000. Club avec lequel tu as été président et avec qui tu es monté en DH. Depuis tu as disparu des radars du foot isérois. Que deviens-tu et pourquoi être sorti du monde du foot isérois ?
Fredy Boisrenoult : « Écoute je vais bien, j’essaye d’échapper au COVID. Je bosse toujours aux 3 Brasseurs à Echirolles depuis 8 ans, j’y suis bien et j’y suis heureux. Le football a trop changé à tous les niveaux, que ce soit en pro ou en amateur. Je ne m’y retrouve plus. Par contre néanmoins je tiens à saluer tous les bénévoles qui continuent à contribuer à permettre au football amateur de survivre. Parce que sans le football amateur il n’y a pas de football pro. Après ce qui me dérange un peu dans le football de haut niveau c’est que c’est devenu du foot business. Il faut du business mais là c’est trop. On bouffe du foot à la télé comme on n’en a jamais bouffé. Pour l’équipe de France il y a 3 coupes : la coupe du Monde, la coupe d’Europe, la coupe des Nations. Il y a la Champions League, l’Europa League, l’Europa mes c… c’est un bordel pas possible, tu n’as plus envie de regarder la télé, c’est compliqué. Non je me retrouve pas dans les valeurs de ce que j’aimais. »

Quels souvenirs retiens-tu de tes passages chez les différents clubs où tu as été ?
Fredy Boisrenoult : « L’Abbaye restera ma plus belle expérience. Sur le plan humain c’est quelque chose d’indescriptible. Sur le plan sportif aussi parce qu’on est monté régulièrement avec de très grands joueurs et un très grand entraîneur. Les dirigeants que j’ai rencontré là-bas sont des gens merveilleux, des gens qui t’accrochent les tripes, c’est exceptionnel. Grenoble que j’ai fait avant l’Abbaye, c’était toute autre chose. C’était plus compliqué, c’était un autre monde. Mais ça m’a permis entre autre de rencontrer une super personne, Denis Quattrochi. Qui pour moi, humainement, par la passion, a été un très grand président. Seulement il était peut être trop honnête pour ce monde. Et il est venu peut être un peu trop tard ».

En parlant de Grenoble justement, que t’inspires la situation actuelle du GF38 ?
Fredy Boisrenoult : « Grenoble c’est et ça restera un village malgré que l’on puisse penser que c’est une grande ville, ça reste un village. Un tout petit village. Dans ce club et dans cette ville il n’y a pas de stabilité. Moi le seul souvenir que j’aie d’un grand club avec un grand président c’est à l’époque de Marc Braillon quoi. Il avait son argent, il portait ses c…. c’est lui qui décidait de tout. Mais il mettait du football, il y avait du football. Là aujourd’hui le président on ne sait même pas qui il est. On ne connaît même pas son projet. On l’a vu qu’une fois. Qui est capable de dire « il est passé à tel endroit ? ». Je pense que même les joueurs ne savent pas qui est le président donc ça pose un problème. Quant au Directeur Sportif c’est autre chose, ses choix sont plus que douteux. Où il est allé chercher ce nouvel entraîneur, qu’il nous a vantés, qu’il avait choisi en partie parce qu’il parlait plusieurs langues. On n’est pas à l’école, je veux dire. A un moment tu prends un entraîneur, un entraîneur qui choisit ses joueurs, qui fait son taf. On a viré Guégan qui était très bon. Après il y a Hinschberger qui est parti, on ne sait pas pourquoi. Mais moi je pense savoir. Le mec a compris qu’il était tombé dans un club de fou. Il a envie de faire du football, choisir ses joueurs, choisir sa politique sportive tu vois. Et là tu prends le Directeur Sportif qui est allé chercher un gars qu’il n’y a que lui qui le connaissait. Je pense qu’en France il n’y a personne qui savait qui était ce gars là. Et quand je relis deux-trois trucs, il a osé nous dire « en plus de cela, c’est un mec qui est multi-langues ». En fait c’est un prof qu’il voulait, c’est une catastrophe. Et là je pense que là, il y a vraiment du nettoyage à faire ».

Que faut-il selon toi pour que le GF redevienne un club de référence en France, notamment en montant et en s’installant en Ligue 1 ?
Fredy Boisrenoult : « Je pense que le GF38 n’a pas vocation à devenir un club de référence en France ou un grand club de Ligue 1. D’abord il faut qu’on puisse tout reprendre à zéro, avoir une véritable culture de formation. Et cela ne passera que par la formation. On n’aura jamais la capacité d’être un grand club qui pourra acheter. Et on sait qu’on est dans un lieu où il y a des footballeurs. On en a vu passer des Giroud, Clément Garcia, Stéphane Garcia, Olivier Saragaglia, Olivier Bochu et je pourrai t’en citer pleins comme ça. Cherrad … Nous on a une vocation à former. Seulement on ne veut jamais faire jouer les Grenoblois. On en a peur. Comme on ne veut jamais de dirigeants grenoblois. On en a peur. Alors moi je préfère un petit président local qui connaît nos valeurs et notre clocher. Plutôt qu’un grand président plein d’argent qui n’en n’a rien à faire et qui n’aime pas sa ville. La première des choses, elle est là. C’est une aventure humaine au départ. Il faut arrêter de chercher des financiers qui vont venir que pour faire du blé. Et c’est normal ils mettent de l’argent, ils veulent investir, ils veulent des retours. Mais nous cela passe d’abord par la passion. Il faut qu’on arrive à se restructurer et à se re-passionner tous ensemble et autour d’un projet. Et essayer de construire. Denis Quattrochi disait « construire le football et rassembler la passion ». C’est ça qu’il manque à Grenoble en fait ».

Un dernier mot à la communauté du foot isérois qui te lit ?
Fredy Boisrenoult : « Malheureusement je ne vois plus grand monde. Je suis un peu de loin, même si je sais ce qu’il se passe à droite et à gauche. Qu’ils continuent à se battre mais tous ensemble pour une seule et unique cause : celle de Grenoble. Parce que tous les petits clubs vont former pour le GF38. Il faut un vrai projet, il faut qu’on arrive à s’entendre. Je trouve que parfois on ne s’entend pas, pire on se déteste. Alors qu’on devrait
tous s’entendre. On ne peut pas aimer tous la même chose, mais on devrait pouvoir s’entendre pour définir un projet et avancer avec ».